Générosité culinaire (partie 2) : le code du repas

La seconde caractéristique des restaurants américains est un accueil et un service très codifié qui vous fait vous sentir le client le plus important du monde. Un mixte entre un sens commercial exacerbé et un intérêt pour votre personne qui parait tout à fait naturel.
Notre troupe s’est mainte fois demandé si cela tenait au fait que le pourboire n’est pas inclus – on laisse en général entre quinze et vingt pour cent de plus – ce qui pousserait à un service le plus agréable possible. Même s’il y a un peu de cela, je penche de plus en plus pour une autre explication : le sens du contact et du partage sont viscéralement ancrés dans la société américaine à tel point que l’on pourrait eux-aussi les  inclurent dans la sacro-sainte constitution américaine. Il serait alors possible d’invoquer le vingt-huitième amendement en cas de flagrant délit de mauvais accueil. Ajoutez à cela un rapport décomplexé à l’argent ; alors pourquoi ne pas profiter de ce penchant naturel pour faire de bonnes affaires ?

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Photo© – Cédric NAFFRICHOUX

En prévision de vos voyages futurs, laisser moi vous donner les codes du service parfait. Tout d’abord, on patiente à l’entrée jusqu’à ce qu’un employé qui joue le rôle du placier vous indique votre table et vous présente votre serveur attitré toujours en mentionnant son prénom. Avant toute chose, Shannon, Flaka ou Jim commencera par vous servir un grand verre d’eau avec des glaçons et vous demandera ce que vous désirez boire durant votre repas, en vous tendant la carte. Georges Simenon faisait déjà référence au verre d’eau glacée dans un récit de 1946 paru dans France Soir. A mon avis, il doit s’agir d’une sorte de fierté collective à jamais gravée, en souvenir de ceux qui sont parvenus à produire de la glace et à la transporter au prix d’un dur labeur. Une sorte de célébration quotidienne du progrès sous la forme de cubes givrés. Il en va d’ailleurs de même avec la climatisation : des petits plus chèrement gagnés alors autant en abuser !

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Photo© – Cédric NAFFRICHOUX

Mais ne nous égarons pas et passons à l’étape deux du manuel de fonctionnement du « dinner » américain : l’arrivée des plats se fait en principe dans un délai phénoménalement court qui vous laisse à peine le temps de finir l’éventuel apéritif que vous auriez commandé. C’est qu’il ne faut pas trainer ! Il va s’en dire que là, deux cultures s’affrontent : d’un coté les français qui restent des heures à table jusqu’à une heure tardive, et de l’autre les américains dont la chaise semble comme électrifiée. Dès que vous finissez votre assiette, vous êtes certains qu’elle sera aussitôt débarrassée et gare à vous si vous avez un peu tardé en laissant un peu de nourriture de coté ! Et cela en gardant bien à l’esprit que le restaurant sera vide à vingt et une heure trente maximum. Je me rappelle d’une fois à Page en Arizona où, arrivés à vingt heures trente, il ne nous a plus resté comme alternative que de prendre un misérable sandwich à la station  service ou encore d’une autre fois dans un restaurant à Bishop en Californie où l’on nous a gentiment poussé vers la sortie à vingt et une heures.  A plusieurs reprises nous avons assisté au spectacle désolant de nos compatriotes en train de protestés – en français – pour cause de service trop rapide. Mais quelle est cette attitude ? Au nom de quoi on ne respecterait pas les us et les coutumes de chaque pays que l’on visite ? J’espère que le plus grand nombre possible pourra me lire avant son départ avec si possible une traduction en espagnol car je n’ose imaginer le faussé culturel encore plus large qu’il existe avec nos voisins ibériques dont les heures des repas sont si tardives. Toutefois, malgré ce laps de temps en moins consacré à la mastication, le serveur ne maquera de venir s’enquérir de savoir si tout se déroule bien et  vous proposera bien souvent un « refill » dans le cas où vous auriez commandé du soda : encore une manifestation de générosité bien éloignée de ce que nous connaissons car il s’agit de venir remplir votre verre autant de fois que vous le souhaiterez pour le même prix. Attention cependant car dans certains établissements, il ne s’agit pas de « refill », ce qui peut se traduire par une certaine surprise lorsqu’arrivera l’addition.

La conclusion du repas sera assez similaire à ce que vous connaissez déjà à l’arrivée de l’addition, exception faite du pourboire que j’ai déjà évoqué. Là encore nos compatriotes ont bien mauvaise presse puisqu’ils leur arrivent fréquemment d’oublier de s’acquitter de ce complément, volontairement ou non, ce qui oblige de plus en plus d’établissements accueillant de nombreux français de rappeler le principe sur la carte, voir d’inclure le pourboire, comme nous l’avons constaté à West Yellowstone dans le Montana.

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