L’avantage avec les voyages, c’est que l’on peut faire durer le plaisir avant, pendant et après. Avant, il y a toutes les recherches que l’on peut entreprendre, activité qui s’est vue fortement métamorphosée avec l’arrivée d’Internet. L’organisation de mon premier road trip en 2006 me parait remonter à la préhistoire car uniquement basée sur les souvenirs de voyage de l’un des membres de notre groupe, les guides et les cartes touristiques. On peut maintenant passer de longues heures à dénicher les coins secrets depuis son fauteuil. Mais l’après-voyage peut-être tout aussi passionnant. On peut en effet être passé dans un lieu non prévu, ou avoir découvert une réalité différente de celle escomptée, ou bien encore tout simplement vouloir en savoir plus sur l’un des lieux de visite.
Prenez par exemple notre étape à Florence en Oregon en 2012 : elle fut l’occasion de raconter une jolie anecdote à notre retour. Après une journée de voiture le long de la côte sur la route 101, où nous avions découvert Astoria et l’incroyable site de Cannon beach, nous sommes arrivés sur notre lieu de villégiature au Park Motel and Cabins où j’avais réservé par téléphone (pas de booking.com à grande échelle à l’époque). Nous devions loger dans la partie motel. A la réception, un couple charmant nous a accueilli. Néanmoins, monsieur a subi les foudres de madame lorsque cette dernière s’est aperçue que ce dernier avait oublié de reporter notre réservation en passant d’un agenda à un autre (Le site Internet m’a appris depuis qu’il s’agissait de Margaret et Bob). Qu’à cela ne tienne, on ne laisse jamais le client dans l’embarras aux Etats-Unis ! Madame déclara à Monsieur : “Give them the number 1”. Quelques minutes après nous profitions d’un luxueux bungalow en bois avec terrasse, deux chambres et tout le confort moderne.
Plein d’autres souvenirs sont également à mettre au crédit de cette étape : le pont levant qui enjambe la rivière Siusloaw, le joli petit port de pêche, et de charmants restaurants. Je me rappelle même que le village se préparait à fêter “la Septoberfest”, car nombre d’habitants avaient des origines allemandes et que j’ai mangé pour la première fois un burrito au petit-déjeuner.
De retour à la maison, l’envie m’est venue de faire quelques recherches complémentaires sur Florence, Oregon. C’est là que je suis tombé sur l’histoire de la baleine explosive : une perle peu connue mais qui a pourtant fait le tour du monde depuis l’avènement d’Internet. En 1970, une baleine – en fait un cachalot – s’est échouée sur les plages de Florence. Ne sachant pas comment se débarrasser de cette encombrante livraison marine, on décida de faire appel au Département des Transports pour “dynamiter” l’animal : les petits morceaux auraient alors été plus faciles à ramasser. Une télévision locale -heureusement pour nous – et de nombreux badauds sont venus assister aux opérations. L’explosion fut fulgurante mais laissa la majeure partie de la bête à sa place, tout en projetant dans les airs une pluie de morceaux reçus par le public, dont certains plus massifs ont même endommagé les véhicules proches. Allez voici mon petit cadeau en prime : la vidéo de l’époque !
Voilà, comme je le disais, tout le plaisir du voyage avant, pendant et après. Sans Margaret et Bob, sans mon énorme burrito ou les pêcheurs à la ligne du port, l’idée ne me serait peut-être pas venue de refaire un petit tour virtuel à Florence. J’aurai alors été privé de cette histoire cocasse et de mes sushis de baleine…