Jusqu’à ce que je pose un pied en Oregon, je n’avais jamais entendu parler de Meriwether Lewis et de William Clark. Ce sont pourtant deux personnages très célèbres aux Etats-Unis puisqu’ils ont mené l’une des plus importantes expéditions dans l’ouest américain de 1804 à 1806. Partout, la route de notre voyage de 2012 fut jalonnée de mentions à cette expédition, notamment lorsque nous avons commencé à longer la Columbia River.

Voilà aussi ce qui fut une autre faille de mon savoir : j’ignorais l’existence de ce grand fleuve de 2000 km qui s’étend du Canada aux États-Unis, qui se classe au quatrième rang des fleuves du pays en terme de volume et dont le principal affluent est la Snake River. Autant de méconnaissance laissait entrevoir d’importantes possibilités de découverte et c’est bien là ce qui fait tout l’attrait du voyage.
L’expédition Lewis et Clark est partie de Saint Charles dans le Missouri à la limite de l’ancienne Louisiane, qui s’étendait à l’époque du Golf du Mexique aux états actuels du Montana et du Dakota du nord, soit toute la partie centrale du pays. Arrêtons nous une seconde sur cette information : ce n’est pas en effet l’État actuel de la Louisiane que la France a vendu aux Etats-Unis, mais un vaste territoire aux limites alors inconnues. Et pour ceux qui ne le sauraient pas, Napoléon a fait cela en 1803, dans le dos de l’Assemblée Nationale, pour financer ses guerres. Sans cela, nous serions tout simplement en train de nous promener chez nous en voyageant dans le centre de Etats-Unis, mais cela est une autre histoire.
Financée par le Président Thomas Jefferson, l’expédition Lewis et Clark passa par les futures villes de Kansas City, d’Omaha et de Portland. Elle suivit la Snake River et la Columbia River jusqu’à son embouchure dans l’océan Pacifique, ce qui rejoint le sens de mon propos [VOIR LA CARTE]. Nous avons vu fleurir les panneaux “Lewis and Clark trail”, “Lewis and Clark state park”, en venant de la région de Wallawa Lake.
Notre première surprise fut la découverte de la largeur de la Columbia River que l’interstate 84 commençait à longer à partir de Boardman. Nous avons pris la décision de nous arrêter sur la rive, dans un lieu qui restera à jamais inconnu, puisqu’aucun d’entre nous ne se souvient où c’était, mais dont nous n’oublierons ni les pécheurs, ni les trains. En effet, deux jeunes pêcheurs étaient en train de tendre leurs filets dans la largeur du fleuve, ce qui se traduisait par une ligne de petits flotteurs comme autant de perles blanches sur le bleu des eaux, pendant qu’un train interminable passait sur l’autre rive ; nous avons compté près d’une centaine de wagons. L’ensemble, je m’en souviens très bien, donnait l’impression d’un instant en suspens dans la quiétude de la lumière matinale, sur une plage de graviers ronds, comme en ont certainement vécu les pionniers de l’expédition (même si à l’époque les eaux devaient être plus tumultueuses : depuis, 14 barrages ont été construits sur la Columbia River). En face, l’état de Washington, qui n’a rien à voir avec la capitale des Etats-Unis et se situe bien dans l’ouest, comme je l’explique à mes amis et aux nombreux libraires français qui se trompent dans leurs rayons.
Nous avons poursuivi alors que la brume se levait pour découvrir l’”Historic Columbia River Highway” (Route numéro 30 entre la sortie 35 et la sortie 22 de l’Interstate 84) et les célèbres Multnomah Falls.
La particularité des deux rives de la Columbia River est en effet qu’un très grand nombre de cascades dévalent les gorges verdoyantes. Par manque de temps, nous ne pouvions pas profiter des charmes de beaucoup d’entre elles. Nous nous sommes tout d’abord arrêté aux Horsetail Falls, où une charmante jeune fille avait traversé un couloir du temps, depuis le quartier de Haight Hashbery de San Francisco durant les années 60, pour se retrouver assise en tailleur en train de caresser les eaux de sa douce voie mélodique.
Puis, nous nous sommes rendu aux incontournables Multnomah Falls, l’un des lieux les plus connus de la région de Portland. Hautes de 189m, elles tombent en deux sauts successifs, ce qui permet de faire une agréable balade bucolique au niveau du petit pont qui les enjambe. Le lodge situé au pied a été construit en 1925. Nous avons particulièrement apprécié ce moment de quiétude bien que plongés dans la grisaille du jour.
Nous n’avons d’ailleurs pas pu profiter de l’impressionnante vue sur les gorges de la Columbia River à Crown Point, du fait de la brume. Ce sont là les aléas du voyage.
Après une étape à Portland, où le soleil nous a à nouveau accompagnés, retour d’un temps teinté de gris pour nos retrouvailles avec la Columbia River à Astoria. Lorsqu’il fait ce temps, tout semble nimbé dans de la ouate et cela se ressent sur les photos. Nous avons cependant apprécié ce moment tranquille au bord du petit port. Sur les hauteurs, nous sommes allés au pied de la colonne d’Astoria érigée en 1922. La bande peinte hélicoïdale raconte de grands événements qui se sont déroulés en Oregon et plus particulièrement à Astoria. C’est là que nous retrouvons Lewis et Clark car il est fait mention de leur expédition. En arrière plan, une vue sur l’embouchure de la Columbia River et son célèbre pont Astoria-Megler long de 6,5 km.
En redescendant en centre-ville, nous n’avons pas manqué d’admirer l’ancienne prison que l’on peut voir dans le film les Goonies de Richard Donner, produit par Steven Spielberg (1985).
Enfin nous nous sommes rendus au Ecola State Park pour admirer la célèbre vue sur la plage de Cannon Beach. Ce panorama est tout simplement l’origine de notre voyage : c’est en explorant comment nous pourrions nous rendre sur les plages de l’Oregon que nous avons découvert Crater Lake National Park et que nous avons décidé un grand périple qui nous ménerait de Salt Lake City à Los Angeles [Visualiser le parcours]. A ce moment là, nous ne le savions pas : ce lieu a été précisément le dernier exploré par l’expédition Lewis et Clark, durant trois jours, en 1806. C’est d’ailleurs William Clark qui fut le premier a évoquer dans son journal « les plus grandes et les plus agréables perspectives que mes yeux ont jamais étudiées, devant un océan sans bornes ». Je dois dire que nous étions bien d’accord avec lui et le temps brumeux n’a pas gâché notre plaisir. Notons que le film Les Goonies fut également tourné là, ainsi que les scènes finales du film Point Break (1991). En tout cas, nous aussi, ce jour là, nous sommes sentis les plus grands des explorateurs…
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