Quand Broadway était à L.A. : histoire des théâtres retrouvés

Laissez moi en ce jour de fête vous conduire sur les trottoirs de Broadway. Regardez la foule qui s’est massée de part et d’autre de cette artère d’habitude parcourue par les tramways de la Pacific Electric Railway, mais à l’arrêt pour l’occasion. La nuit est tombée et la parade va bientôt débuter en ce 9 octobre 1936. La grande avenue des théâtres est pour le moment bien sombre, éclairée par les seuls lampadaires, car les temples du divertissement ont volontairement coupé leur habituels habits de lumières. Je le vois bien dans votre regard interrogateur : vous vous demandez ce l’on vient célébrer. Patience.
Soudain, sans prévenir, l’avenue se retrouve dans d’immenses faisceaux de lumière, presque avec violence. Ils pointent vers le ciel comme pour narguer les anges de la cité et les dizaines de milliers de spectateurs hurlent tout à leur joie devant ce spectacle. La grande parade peut alors commencer pour célébrer la fin des travaux du barrage de Hoover situé à 428 km de là, près de Las Vegas ! L’eau fut la première des conquêtes de Los Angeles. L’électricité en fut la seconde.

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Lorsque l’on prononce le nom de “Broadway” j’ai bien conscience que l’imaginaire de tout à chacun est conduit vers les lumières de New York, de Times Square et la magie des comédies musicales. Pourtant, c’est bien à Los Angeles que se trouve la plus grande concentration de théâtres du monde : 12 y ont été construits entre 1910 et 1931. Broadway est l’une des plus anciennes avenues de downtown L.A. dont elle prit le nom en 1890. Durant les 50 années suivantes, elle fut le cœur historique de la ville avant que son déclin ne débute après la seconde guerre mondiale pour s’accélérer de la fin des années 70 jusqu’aux années 90.

C’est en m’intéressant à l’art déco à Los Angeles que j’ai commencé à découvrir l’existence de ces théâtres dans des ouvrages spécialisés. Plus attirés par les mythiques quartiers d’Hollywood, de Berverly Hills ou de Bel Air, les guides touristiques faisaient peu de cas de Downtown auparavant. Le Pueblo historique était bien mentionné, mais les splendeurs cachées du centre-ville était un peu passées sous silence. On peut les excuser car les angelinos eux-mêmes ont longtemps oublié ce patrimoine d’exception. Combien d’immeubles écrasés, de trésors architecturaux sacrifiés ou livrés à des commerces en tout genre qui en ont dénaturé la fonction première ?
Lorsque j’ai découvert Downtown pour la première fois en 2009, deux choses m’ont frappé : l’impression de se trouver à New York que donnait l’architecture des immeubles et le capharnaüm de magasins en tout genre, pas toujours de très bon goût. Depuis, sachez que la mutation du quartier s’est accélérée, portée par une volonté municipale forte, mais j’y reviendrai une autre fois.

Théatres de Broadway

Lors d’un séjour de deux semaines à L.A. en 2014, nous avons décidé de partir à la découverte des théâtres cachés dont certains sont heureusement toujours en fonction. Pour cela, nous avons réservé une visite guidée proposée par le Los Angeles Conservatory : le “Broadway Historic Theatre and Commercial District Tour” qui a lieu tous les samedis matin pendant 2h45. L’aventure débute à Pershing Square, en plein centre.

Au cours de notre découverte du quartier, de son histoire et de son architecture ,nous avons fait une première étape de prestige au Los Angeles Theater. Construit de 1930 à 1931, ce chef-oeuvre a une capacité de 2000 places. Ce qui en fait tout le prestige, c’est le grand escalier et sa décoration intérieure largement inspirée de la galerie des glaces de Versailles. J’ai particulièrement apprécié cette visite insolite avec une lumière tamisée – ce qui ne facilite pas la prise de photos – parfois à la lumière de la torche de notre guide pour certaines pièces. Il y avait un côté un peu fantomatique où l’on s’imaginait les dames dans leur salon réservé en train de se “repoudrer” comme le veut la formule, ainsi que les gentlemen qui disposaient également de salons pour fumer. Même les toilettes, où le marbre règne en maître, ne déparent pas dans ce lieu magnifique. La fontaine de cristal, dans le grand escalier, est le joyaux du lieu : elle symbolise à elle seule tout le glamour de l’époque.
Le Los Angeles Theater n’est plus en fonction mais il revit régulièrement à l’occasion de tournage de films, de séries TV ou pour des spectacles.

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Plus loin sur Broadway, au numéro 703, nous avons fait un arrêt au State Theater, construit en 1921. Il est actuellement loué à l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu qui le nomme Cathédrale de la Foi (Catedral de la fe en espagnol). Je veux bien ne rien avoir contre cette congrégation, mais à l’occasion de la fin de son bail fin 2018, j’espère qu’un nouvel exploitant, plus en lien avec la fonction première du lieu, se fera connaître.

Clou de notre visite, l’Orpheum Theater qui a ceci de particulier qu’il est toujours en fonction : il accueille aujourd’hui encore de nombreux concerts et spectacles. Ouvert en 1926, il a entièrement été restauré en 2001 pour 3 millions de dollars, soit l’époque où les autres géants de l’avenue fermaient leurs portes. Sa façade est de style Beaux Arts et l’intérieur est tout simplement grandiose : on a plus l’impression de pénétrer dans un opéra que dans un théâtre. En effet, le foyer, qui là encore possède une décoration de style français, est à double étage avec des lustres majestueux. De somptueux salons en sous-sols, des escaliers splendides viennent faire pâlir de jalousie les européens que nous sommes. Mais le plus majestueux est sans contexte la salle elle- même. D’une capacité de 2000 places, elle donne là aussi l’impression de se trouver dans un opéra des plus classique. J’ai eu la chance d’assister à un spectacle au Pantages à Hollywood (je vous en parlerai) mais je me suis bien juré de venir également en voir un à l’Orpheum.

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Notre visite guidée a été l’occasion de découvrir d’autres facettes de ce quartier mais bien entendu les théâtres ont retenu la majeur partie de notre attention. Il faut néanmoins remercier notre guide qui nous a fait partager de nombreuses anecdotes et fait ressentir toute la magie de Downtown au fil du temps.

Même s’il ne faisait pas partie des lieux dans lesquels nous nous sommes rendu, je souhaitais évoquer le United Artists Theater. Lors de mes premiers séjours à L.A. , celui-ci était lui aussi le lieu de prédication d’un pasteur qui l’avait rebaptisé Los Angeles University Cathedral. A partir de 2014, le bâtiment a été investi par le Ace Hotel et le théâtre, restauré, est à nouveau disponible pour des spectacles. Si j’ai eu l’occasion de me rendre dans l’hôtel, je n’ai pas encore pu découvrir le théâtre.

Pour finir cette évocation, je voulait rapporter une anecdote en lien avec un incontournable du quartier :  Clifton’s Cafeteria, qui a rouvert ces portes en 2017 après plusieurs années de travaux. Savez-vous ce que l’on a retrouvé caché entre des murs, à l’occasion de la rénovation ? Un néon. Un néon resté allumé depuis les années glorieuses comme un pied de nez au destin. Une réminiscence de cette époque à la fois folle et belle où les studios venaient lancer leurs productions lors de soirées grandioses. Certes, il y a de la nostalgie. Mais ce néon est aussi le symbole d’un quartier qui se réveille petit à petit, qui prend conscience de son patrimoine un temps oublié, et qui retrouve de sa superbe. Alors, je me prends à rêver d’un soir d’été où je ne saurai choisir parmi tous les spectacles de la grande avenue.

Les autres théâtres de Broadway croisés au cours de mes séjours à Los Angeles

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