Est ce que j’aime Las Vegas ? Je ne saurais véritablement répondre à cette question. Je dirais plutôt que je suis fasciné par Vegas.
Démesure, luxure, architecture, caricature, aventure, déconfiture, mégastructure, obscure, on ne peut-être surnommé à la fois « Sin City » (ville du péché) et « The Entertainment Capital of the World » (la capitale mondiale du divertissement) sans cultiver les contrastes, les paradoxes ou les contradictions. Même si la ville propose le plus souvent des activités pour adultes (dans tous les sens du terme), je me sens souvent une âme d’enfant à Vegas avec l’impression constante d’être dans un parc d’attraction géant. Moi, je me laisse facilement séduire pour les gondoles du Venitian ou par le volcan façon « Pic de Dante » (1) du Mirage.
J’aime l’ambiance et le luxe qui règne au Bellagio. J’aime le balai des jeux d’eau de ses fontaines qui rappellent la splendeur des grands lacs italiens. J’aime son entrée surplombée par les fleurs en verre de Murano auxquelles répondent le doux parfum des compositions les plus fantastiques du jardin d’hiver. J’aime m’asseoir à une table de jeu sous les lustres flamboyants et admirer le croupier qui lance la boule. Julia entre alors en scène et vient se placer à mes cotés. J’admire sa beauté, le raffinement de ses gestes, ses grands yeux qui naviguent sans cesse entre tristesse passagère et joie de vivre, sa bouche, son chignon qui lui donne tant d’élégance. Je suis un peu jaloux lorsque George vient nous rejoindre avec son aplomb dans son smoking et son sourire ravageur. Alors pour frimer un peu, je sors un billet de 5 dollars pour miser… et… et la croupière me ramène à la réalité en me rappelant avec une petite voix que la mise est à 300 dollars minimum. Bien sûr, je vous ai vendu du rêve avec ma rencontre avec Julia et George comme dans Ocean Eleven (2), mais nous avons vraiment vécu la petit humiliation de la mise à 300 dollars ! C’est cela Vegas, le luxe côtoie les masses populaires et tout se mélange.
Un peu comme au Monopoly, Vegas a jalonné son espace de points de repère iconiques qui attirent les touristes que nous sommes tels des papillons. Au sud le Las Vegas Sign et au nord le célèbre Musée du néon (Nous n’avons pas pu le visiter : les créneaux étaient complets). De loin en loin, les totems verticaux que sont la Stratosphere, le nouveau High Roller et bien sure, La Tour Eiffel au Paris Las Vegas. Pour les cartes des quatre gares on citera le Tramway qui relie le Mandalay Bay à l’Excalibur, celui qui relie l’Aria dans City Center au Bellagio, le Monorail à l’Est des grands casinos, et du côté de la vraie gare, c’est perdu, on ne peut s’y rendre qu’en bus !
N’en déplaise à certains je préfère le caractère authentique des casinos de Fremont Street même si leur ambiance est parfois plus glauque ou leur décoration un brin anachronique. Ils sentent la cigarette et le tabac froid mais ils sont moins aseptisés. On y croise des âmes perdues, beaucoup de personne âgées, des gens ivres. Mais il y règne une sorte de réminiscence d’un passé disparu qui me plaît, malgré tout. Le Golden Nugget (1946), le Fremont (1956), Main street Station (1978), le Four Queen (1964), le California (1975), rappellent l’âge d’or de Vegas où la mafia régnait en maître.
Vegas est pour moi la vision psychédélique d’un couple endimanché traversant le hall des machines à sous pour se rendre à la chapelle, pendant qu’une bande d’hurluberlus alcoolisés les salue avec une sorte de déférence nonchalante, et que d’autres touristes les croisent une serviette sur l’épaule avec leur haut en strass étincelants et leurs maillots de bains criards. Ne croyez pas que cette scène n’est qu’une illusion d’écriture pour agrémenter mon blog ; je l’ai réellement vécue comme bien d’autres encore.
On peut ainsi croiser des créatures de nuits toutes de cuir vêtues promenant leur homme en laisse un soir d’Halloween, voir une none aux seins nues invoquer les dieux pour quelques photos payantes avec les touristes ou encore être décontenancé par des rangées de maisons identiques sur des kilomètres dans des banlieues sans fin.
Tel que le vit Jonnhy Deep dans le film éponyme, Las Vegas se fait Parano (3) mais c’est ce qui nous attire en elle.
Dans le melting-pot des âmes perdues, elle cultive la folie, telle une hallucination au milieu du désert. Si le mirage est bien là, avec ses excès et son pied-de-nez à dame nature, il pourrait grandir encore et bien s’évanouir soudain, emporté dans le tourbillon de la finance.
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(1) Pic de Dante (Dante’s Peak) – 1997 de Roger Donaldson
(2) Ocean Eleven – 2001 de Steven Soderbergh
(3) Las Vegas Parano – 1998 de Terry Gilliam
Mon top 5 à Las Vegas
(Je n’ai malheureusement pas pu aller au Neon Museum, complet fin 2019).
1- Le Mob Museum – Musée National du crime organisé et des forces de l’ordre
2- Le Roller Coaster du New York New York – Voir la vidéo
3- Le Paris Las Vegas