Snake River : 3 rencontres avec le serpent

En 2012, nous avons fait un grand road trip de 4 semaines de Salt Lake City à Los Angeles. Durant, toute une partie du voyage nous avons croisé à plusieurs reprises la Snake River (Rivière du Serpent). Elle prend sa source dans le Parc de Yellowstone et parcours 1670 km pour rejoindre la Columbia River en traversant le Wyoming, l’Idaho et l’Oregon, dont elle constitue la frontière, puis l’état de Washington.

Grand Teton National park

Si je dois d’emblée exprimer un regret, c’est celui de ne pas être suffisamment resté dans Grand Teton National Park. Outre notre randonnée à Jenny Lake que j’aurai l’occasion d’aborder une autre fois, je garde en moi plein de belles images d’une nature gracieuse mais trop rapidement effleurée.
Les montagnes qui culminent à 4197m s’élancent vers le ciel comme une barrière dentelée : à leurs pieds des vallées et des lacs enchanteurs, à l’image du Jackson Lake, offrent un spectacle unique. C’est en admirant les eaux étincelantes de ce dernier que nous avons croisé le Serpent pour la première fois. On le devine à peine ici car le lac est immense. Mais c’est bien là que la Snake River s’est dévoilée, arrivant tout droit de Yellowstone, son lieu de naissance.
En quittant les rives du lacs, remontant un peu plus vers le nord, nous avons alors pu admirer les ondulations du Serpent dans une plaine dorée où les couleurs de l’automne commençaient à poindre. Les étendues semblent ici se confondre avec celles de Yellowstone National Park à tel point que l’on perçoit peu le passage de l’un à l’autre. Malheureusement les merveilles de ce dernier, dans leur appel, nous font négliger les subtils cadeaux de la nature offerts par Grand Teton. La Snake River, comme pour rattraper cette injustice, nous suivra une bonne partie de notre road trip.

Shoshone falls

Mis à part qu’Idaho rime avec Patato, je dois bien avouer que je ne savais pas vraiment ce que l’on pouvait visiter dans cet état. Car oui, c’est connu, cette partie des États-unis est le royaume de la pomme de terre, à tel point qu’un musée lui est consacré. Après quelques recherches, j’ai découvert Crater Lake National Monument que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ici. Ce dernier nous a dévié du parcours que suit la Snake River et nous a fait manquer également la visite du musée du tubercule évoqué plus haut.
Après notre exploration des cratères lunaires, nous avons pris la direction de Twin Falls attirés par la promesse de découvrir des chutes d’eau plus hautes que celles du Niagara : les Shoshones Falls !
Nous nous réjouissions donc de retrouver la Snake River qui fait ici, depuis plus de 14000 ans, un grand saut de 65m, ce qui vaut aux chutes leur surnom de « Niagara de l’Ouest ». Leur nom fait également référence aux indiens Shoshone, aussi appelés les Snakes – tiens donc – qui peuplaient toute cette partie de l’Amérique jusqu’à l’arrivée des colons.
Après nous être acquittés de l’entrée du parc, nos appareils photos et caméscopes à l’affût, nous nous sommes précipités vers le premier point de vue. Je crois que j’ai été stoppé net dans mon élan comme jamais. Comment expliquer ce qui s’étendait sous mes yeux ? En ce mois de septembre 2012 encore très chaud, ma première réaction fut de me dire que vraiment la sécheresse avait été très intense durant l’été car il fallait se rendre à l’évidence, il n’y avait presque plus d’eau…
Sous le choc, nos espoirs de panoramas grandioses envolés, nous avons fait contre mauvaise fortune bon cœur pour profiter un peu de ce paysage insolite. Et nous allions apprendre le soir dans notre hôtel de Boise, après des recherches sur le net, que nous étions sur la bonne voie pour expliquer ce phénomène, mais loin de la vérité.
En amont des Shoshones Falls se trouve le barrage de Shoshone Falls Dam. La compagnie exploitante doit garantir un débit d’eau suffisant durant la saison touristique pour conserver l’aspect spectaculaire des chutes… jusqu’à Labor Day (1er lundi de septembre). Nous sommes allé voir les chutes le samedi 15 septembre 2012, lors d’une année particulièrement sèche !
Heureusement nous nous sommes rattrapé avec la vue sur la Snake River depuis le pont Perrine Memorial Bridge.

Les Shoshones Falls telles que nous espérions les voir !

Hells Canyon

Avant que d’aller rejoindre la Columbia River, la Snake traverse une zone au nom évocateur : le canyon de l’enfer, qui constitue une frontière entre l’Oregon et l’Idaho.
S’il ne s’étend que sur 16km, il a la particularité d’être le plus profond des États-Unis (2436m).
Vous êtes ici sur l’ancien territoire de la tribu des Nez-percé. Sa tranquillité fut dérangée par la célébrissime expédition de Lewis et Clark (lire l’article que je leurs ai consacré), dont trois membres pénétrèrent sur ce territoire en 1806 après avoir longé la Salmon River (je ne fais pas le malin avec mes précisions géographiques ; j’ai étudié les cartes de la région que je vous ai reproduites très consciencieusement). Toutefois, ils durent trouver la région quelque peu inhospitalière puisqu’ils firent demi-tour, tout comme je le ferai moi-même, nous le verrons plus loin. Ce n’est qu’en 1811 que l’explorateur Wilson Price Hunt fit une nouvelle tentative pour faire finalement demi-tour à son tour.
Dans les années 1860, les chercheurs d’or prirent le relais, mais l’exploitation ne fût jamais rentable.
Mais comment diable – c’est le cas de le dire – avions nous fait pour prévoir que notre road trip passerait par Hells Canyon ? La réponse est le hasard qui s’avère souvent une excellente option en matière d’organisation de voyage. Mon intention première pour notre traversée de l’Oregon était de louer l’une de ces fameuses « Cabins » (on peut traduire par bungalow) qui évoquent un week-end à la pêche dont il est fait mention dans tant de films et séries, sans négliger pour autant le confort. L’archétype même du voyage dans l’Ouest Américain !
Dès ma première recherche sur le net, j’ai découvert la « cabin » de mes rêves qui sera, pour la petite histoire, exactement celle que nous louerons deux ans après. Il se trouve qu’elle était située à Wallowa Lake près de la petite ville de Joseph. Nous avions un point de chute pour deux nuits, restait à découvrir ce que pouvions explorer autour. De fil en aiguille, je découvris le secteur de Hells Canyon National Recreation Area ! Allez hop, direction l’enfer.

Mais avant de nous enfoncer dans le canyon, laissez moi vous présenter Joseph et Wallowa Lake. Nous y avons accédé en empruntant la route 82 par La Grande, Elgin, Wallowa et Enterprise qui ont constitué de charmantes étapes.
La petite ville de Joseph porte le nom de Chef Joseph depuis 1880 en référence au chef de la tribu des Nez Percé déjà évoquée. Après avoir combattu contre l’homme blanc, il chercha une forme de cohabitation mais dût fuir avec son peuple. Sa statue est présente dans la ville comme d’autres œuvres d’art qui jalonnent les rues bordées de maisons de bois ou de briques.

A proximité, un barrage a créé la retenue d’eau de Wallowa Lake autour de laquelle se sont développés des hébergements assez bien intégrés, dont le The Wonderland Inn (1923). Imaginez un peu l’ambiance de notre séjour : des daims nous rendant visite le soir sur notre terrasse, un ruisseau où frayer de nombreux saumons à deux pas de notre cabin, des barbecues à chaque repas, la dégustation de saucisses locales, des oeufs blancs si caractéristiques aux Etats-Unis, et une randonnée sur les hauteurs après avoir emprunté le téléphérique (ouvert en 1970).

Nous avons consacré une journée à la découverte de Hells Canyon. Ce dernier n’est pas facile d’accès ! D’ailleurs, il n’existe aucune route qui le traverse dans son entier : soit on peut se rendre dans la partie nord, soit, comme nous, emprunter la route par le sud. Depuis Wallowa Lake, il a fallu traverser un col de montagne (consulter la carte) et faire 2h30 de route pour enfin atteindre la Snake River au niveau de Copperfield. N’allez pas vous imagez un ville ou même un village : les seules activités dans le Hells Canyon sont l’exploitation hydroélectrique des barrages et le tourisme. En effet, trois barrages ont été construits dans le Canyon : le Brownlee Dam (1960), le Oxbow Dam (1972) situé à Copperfield, et Hells Canyon Dam (1987). Nous aurions pu être très inquiets, car c’est la même compagnie qui exploite ces installations que celle qui a le grand pouvoir de faire couler les Shoshone Falls ! Heureusement pour nous, la Snake River était bien là sous nos yeux à chacunes de nos haltes.
Depuis le début de notre road trip, nous avions plaisanté à plusieurs reprises sur la possibilité pour nous de croiser un ours, notamment à Yellowstone où les mises en garde sont nombreuses. Nous roulions donc en toute quiétude, lorsque avant de traverser le Hells Canyon Dam, nous avons eu la surprise d’apercevoir un jeune ours qui traversait la chaussée. Je vous imagine déjà en train de penser que j’exagère ; il me faut donc vous apporter un preuve en vidéo.

Passée cette rencontre impromptue, la route a pris fin et nous nous sommes laissé bercer au soleil par le bruit des flots. Sans bateau, impossible d’aller plus loin (ils ne proposaient plus de balades à cette période). On ne perçoit pas tellement la profondeur du Canyon mais il régnait une sorte d’ambiance de bout du monde, pris que nous étions par l’évidence de l’impossibilité d’aller loin. Nous ressentions alors probablement le même sentiment de fascination et de terreur face au Serpent, que celui éprouvé par les premiers explorateurs qui préfèrent laisser la nature gagner et la Snake River s’enfoncer dans les profondeurs du Canyon.

Pour finir l’évocation de ces trois rencontres avec le Serpent, je voulais partager avec vous une musique. En effet, la musique nous accompagne dans chacun de nos road trips ; chaque lieu découvert se trouve ainsi associé à un morceau dans notre mémoire. Mon séjour à Wallowa Lake restera ainsi à jamais teinté par le morceau For 12 du groupe Others Livesje vous laisse découvrir.

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