Ce n’est pas une seule Los Angeles qui m’a été révélée mais trois. Trois villes bien distinctes bien qu’issues d’une seule et même réalité spatiale.
Photo© – Cédric NAFFRICHOUX
D’abord, il y a eu la ville des anges rêvés issue de la somme de mes expériences avant d’y avoir mis un seul pied. Une citée fantasmée fruit de toute l’imagerie collective et des mythes véhiculés. Laissez-moi vous conduire dans mon Los Angeles à moi. Mon Los Angeles a en son centre une belle avenue avec des palmiers que l’on appelle Hollywood depuis l’âge d’or du cinéma. Ce bel axe est bordé par des immeubles de style art déco et vous mène tout droit à l’océan Pacifique. Autour, il y a bien des rues perpendiculaires avec leurs fast-foods et leurs stations services maintes fois aperçus dans les séries télévisées, mais elles passent au second plan.
Dans mon Los Angeles intérieur, Hollywood est un sanctuaire dominé par les célèbres lettres blanches, un quartier historique encore marqué par les films en noir et blanc où l’on peut apercevoir des célébrités sur les trottoirs étoilés. Tout respire un luxe un brin désuet et mène inexorablement sur une grande plage surveillée par des sauveteurs en maillot de bain rouge. Les autoroutes entourent la cité des anges mais s’appliquent à éviter le temple sacré du cinéma. A proximité, les beaux quartiers qui servent de banlieues dorées aux vedettes – il faut bien qu’elles habitent quelque part – Bervely Hills, Bel Air, Malibu, inaccessibles citadelles réservées à l’élite.

Photo© – Cédric NAFFRICHOUX
Voilà, je crois que vous en avez eu pour votre argent car dans mon Los Angeles à moi il n’y a que ça à visiter. Ah non. J’allais oublier les studios de cinéma et les parcs à thème, mais il est vrai que je ne sais pas exactement où ils se situent.Voilà en substance à quoi ressemblait Los Angeles dans mon esprit durant les mois d’attente qui ont précédé le départ. Un condensé d’imagerie cinématographique, issu de ma culture plus que parcellaire et sélective, de feuilletons télé dominés par les policiers à motos et les catastrophes en série, et de quelques renseignements glanés dans des guides touristiques. Je dois également confesser qu’au moment où les roues de l’avions m’ont connecté pour la première fois au territoire américain, mon esprit était d’avantage tourné vers les grands espaces et faisait quelques infidélités à sa voisine San Francisco.
C’est alors que m’est apparue la seconde Los Angeles, moins glamour et bien plus grande, profondément différente des villes européennes. Mon Los Angeles intimiste est devenue une mégapole géante.
Photo© – Cédric NAFFRICHOUX
Je débuterai la description de cette transformation par une anecdote amusante. Au lendemain de notre arrivée, nous sommes allés dans un Starbuck Café où j’ai pu me jeter avec ravissement sur un café servi dans un de ces énormes gobelets mainte et mainte fois aperçus dans des films ou des séries. Vous savez, vous êtes en voiture avec le héro qui est flic, stationné depuis la veille devant le domicile d’un suspect. Là, le collègue attentionné du policier revient dans le véhicule avec l’un de ces fameux gobelets de café, le plus souvent accompagné de beignets.
Me voici donc toute à ma joie de participer au rituel matinal des américains jusqu’à ce qu’à la première gorgée je ne sois surpris par un goût infecte, à tel point que je me suis demandé s’il n’y avait pas eu une terrible erreur de conception du breuvage. L’expression d’Alexandre, en face de moi, me confirmait que c’était bien comme cela que les américains concevaient le café. Je n’ai jamais pu le finir et une nouvelle brèche s’est ouverte dans les remparts de mon Los Angeles fantasmé [à suivre…]
La suite viiiiiite
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